"La mer se souvient de ce que la terre oublie. Ces courbes de bois - patinées par le sel et des générations de mains - sont bien plus que des embarcations. Ce sont des mémoires flottantes, des archives vivantes de l'île. Chaque pirogue porte en elle une double histoire : dans les arabesques de son bois travaillé à la hache, et dans le sillage qu'elle ne laissera plus. Les coques en fibre moderne glissent sur l'eau, mais sans le chant particulier du bois qui a connu les colères de la mousson et les mains patientes des charpentiers maritimes.
J'ai capté leurs silhouettes à l'heure magique où l'aube les fait danser sur le lagon, ultimes vestiges d'une époque révolue. Les pêcheurs expérimentés caressent ces coques comme on touche une relique, avec cette mélancolie tranquille de ceux qui savent que le progrès n'attend pas. Ceci n'est pas qu'un hommage nostalgique. C'est le témoignage visuel d'une transition inéluctable : quand l'efficacité supplante la poésie, quand l'âme d'un métier se dissout dans la modernité. Regardez bien - dans quelques années, seules nos images garderont trace de cette beauté ouvragée."



















